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Mes mains aujourd’hui sont à la retraite, pour les remercier de leurs loyaux services je les ai ornées de bagues. Ce sont des mains modestes, taille 6, doigts fins et agiles. Elles ont été de grandes travailleuses, à chacune leur spécificité, pour la main droite l’agilité, pour la main gauche la sensibilité. Leur peau est fine, sous son derme des veines bleutées, sur son épiderme quelques taches brunes. Avec l’âge leurs doigts se raidissent, le pouce gauche fatigue, l’annulaire droit fourmille.
Je vous parle de la face visible de nos mains, celle qu’on exhibe volontiers au regard des autres mais aujourd’hui je voudrais vous présenter leur face cachée, qui recèle des trésors insoupçonnés. En saisissant votre paume la diseuse de bonne aventure voudra vous les révéler, vous prédisant un bon nombre d’enfants, quelques amants, une longue vie jusqu’à au moins quatre vingt dix ans.
Ce sont d’autres compétences dont je veux vous parler, celle de la paume du menuisier qui rabote et polisse le bois, celle de la boulangère qui pétrit la pâte, donnant naissance au pain, de la force de la main du forgeron qui fait rougeoyer le feu, sans oublier le jardinier qui sème, plante et bêche la terre, ni le sculpteur qui modèle la glaise et taille la pierre ou encore le médecin qui palpe et ausculte les corps.
Pour conclure, je ferais l’éloge d’une habileté spécifique de cette face cachée : le tact. Les mains ont un remarquable savoir-faire souvent méconnu, elles ont l’art du soin au creux de leurs paumes. Elles se posent l’air de rien, sur le bras du soigné. Elles écoutent et attendent patiemment d’être invitées. La peau touchée acquiesce, les mains alors s’approchent prudemment du cœur de l’être. L’une avec l’autre se cherchent, se trouvent et se rencontrent…de peau à peau.
Françoise L. le 26 septembre 2025.
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