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Évitant d'agir dans la précipitation, il m'a fallu ,ces derniers jours, régler plusieurs situations avant de quitter Strasbourg en direction de la Suède ; je vais travailler en juin et juillet dans un grand restaurant international .
Revendre mes bouquins à la hâte ,rendre la clef de ma chambre d' étudiant, traverser l'Allemagne voisine en auto -stop et enfin découvrir ce pays mal connu des Français.
Nous sommes en Mai 1965 , la mère d'une amie étudiante suédoise de ma promotion m' a trouvé un job de commis de cuisine à Jönköping, grande ville du sud de la Suède bordée par un immense lac intérieur. Sans vrai contact ni repère dans cette région, je pars vers l'inconnu en tournant le dos à une année universitaire dure et décevante faute d'argent. Babby sitting et service au resto universitaire m’ont permis de tenir mais au détriment du temps d'études ce qui me rend amer.
Traverser l'Allemagne fédérale n'a pris qu'une journée : après avoir quitté Strasbourg et Kehl très tôt, je me retrouve à Hambourg en soirée.
Pour voyager ainsi, la bonne technique consiste à se caler à une station service muni d'une pancarte bien visible portant le nom de la destination.
Ni parlementations ni cartes à déplier sur le capot du véhicule :
-- Fährst du nach Hamburg ?? Prima ! Einsteigen Sie bitte ( Tu vas à Hambourg!... Parfait ,allez monte !)
Le soir je dormais à l'auberge de jeunesse ,spacieuse et confortable,fin prêt pour passer au Danemark puis en Suède .
Renseignement pris je choisis l'option du bus direct via l'imposante gare routière,direction Frederikshavn puis Göteborg par ferry boat.J’évite ainsi une sortie d’agglomération hasardeuse au milieu des nœuds d’autoroutes et des files de camions.
Bon choix qui me verra déposé dès le lendemain après-midi à ma destination par un sympathique couple de dentistes suédois en voyage de noces; après une semaine à Venise, ils rentraient au pays encore émerveillés …et parlaient un peu français….
Rencontrés sur le ferry nous avions eu le temps de faire connaissance durant les 3 heures d'une traversée houleuse, accoudés au bastingage puis réfugiés vers le bar. Étudiant, il avait également parcouru l'Europe en auto-stop .
Calé à l’arrière de la belle Volvo blanche, je somnolais; à l’avant,Liza, la jeune femme avait pris le volant et Berndt, lui, feuilletait un guide local ; je ne saisissais mot de leurs échanges quand , se tournant vers moi, celui-ci déclara:
- Nous avons faim et sans doute toi aussi, nous allons déjeuner dans la prochaine auberge , vers Boras: nous t’invitons et ensuite nous te déposerons à ton hôtel qui se trouve presque sur notre route puisque nous habitons Värnamo. Es-tu d’accord ?
J'acquiesçai ne sachant plus de quand datait mon dernier repas devant une assiette .
Nous quittons la grand route pour un chemin poussiéreux entre les bouleaux, l’auberge des 3 cavaliers est bordée par un lac où se baignent des enfants malgré la température très fraîche .
Ma veste en jean est toute froissée ,j'ai surtout besoin d’une bonne douche,et d'un coup de peigne, ma chevelure inspirée de Paul Mc Cartney est remise en place dans le rétroviseur et nous poussons la porte de la dite auberge .Sur le parking sont rangées des Saab et Volvo et une Mercédès immatriculées en Belgique.
La moquette est épaisse de 4 cm ,mes tennis fatigués contrastent avec le site ; on nous trouve une place dans la grande salle
Près de l'énorme cheminée trône un quart de queue blanc ,un vieux pianiste joue des airs à la mode .Le serveur prend les commandes dont un flacon de vin blanc de Koblenz et je file aux toilettes en urgence. Au passage, le serveur m’aborde et me dit : le pianiste a noté que vous étiez français ,il vous offre un air de votre choix : que suggérez vous Monsieur ??
Sans trop réfléchir ,j'annonce “Le Temps des Cerises de JB Clément”, il prend note et me fait contrôler sur son carnet “Okej, det är perfekt!” " Ok c' est parfait!!"
Soulagé je reviens à la table et, entendant les premiers accords de cette chanson chère aux cœur des Français, j'applaudis et entends derrière moi deux personnes crier "Bravo! , c'est magnifique!" :c'est un couple de touristes bruxellois ; elle me tend la main et lui ,familièrement, me tape sur l'épaule .
Un peu ému, le rouge me monte aux joues, je reprends place ; mes amis qui n'ont pas tout compris s'enquièrent de cette frénésie : je tente de leur expliquer et la Commune de Paris et l'histoire de ce poème mis en musique. C'est compliqué mais ils semblent apprécier.
De ce que nous avons mangé je n'ai que peu de souvenir mais c'était bon quoique insolite :il y avait de l'anguille fumée dans une sauce aigre et sucrée pour le reste, j’ai oublié même le vin blanc du Rhin.
Il nous faut reprendre la route ,en quittant la table je trouve un billet de dix francs égaré dans une poche et le laisse dans la soucoupe , le couple me fait remarquer qu' il va me falloir changer des francs contre les couronnes suédoises avant la nuit ,nuit qui d'ailleurs ne viendra pas en cette mi-mai sous cette latitude...
Nous trouvons une agence bancaire à la ville et Liza m'accompagne pour les formalités vite expédiées grâce à ma carte American Express puis nous arrivons à Jönköping au grand hôtel où je vais travailler, en principe jusqu'à fin juillet .
Mon gros sac à dos déposé sur le trottoir, un voiturier s'approche et demande au couple s' ils veulent accéder au parking souterrain.
-Non merci ,nous poursuivons dit-elle en m'embrassant affectueusement (elle sent bon !) et lui me serre longuement la main ,un large sourire éclaire ses yeux bleus.
- Salut Antoine! Travaille bien et fais attention: ici les journées sont très longues et il faut penser à dormir !
Je les remercie du mieux possible et ils disparaissent me laissant avec ce jeune garçon aux gants blancs …
Arrivée à l'hôtel
Nous y sommes , direction l'accueil où je me dois d'expliquer “ mon atterrissage” en ce milieu d'après -midi.
Déclinant mon identité qui ne dit rien à l' hôtesse , je précise que je viens pour travailler en cuisine et non comme touriste en quête d'une chambre.
- Ah mais il vous faut contacter le chef de cuisine ….Je l’appelle dit-elle dans un anglais parfait.
Elle me désigne un siège dans le bar proche , je m’y laisse choir.
L'hôtel Portalen est la propriété de SAS ; édifice récent situé en plein centre ville, c’ est le fleuron de la Compagnie d’aviation scandinave SAS: son restaurant réputé pour sa cuisine internationale attire une clientèle à hauts revenus mais une bodega, plus populaire, permet aux jeunes de se retrouver sans y dépenser trop.
Dans la minute suivante, arrive coiffé d' une casquette blanche siglée Portalen le chef :
- Bonjour Antoine ,je suis Ingmar Edlund chef de cuisine .
A ma grande surprise ,il parle français et me propose un café suédois - précise t - il au barman qui nous observe.
Le café, très léger, est servi dans un mug siglé également accompagné de tuiles aux amandes .
Les questions sur mes motivations à travailler en cuisine ,une envie, peut être de franchir les étapes pour rester dans ce métier ? Et les études ? Terminées ,pour quelles raisons ? Dommage Est ce que tu -il est passé du vous au tu - parles anglais ? oui et allemand aussi ? Parfait !
Je dois être opérationnel le lundi suivant dès 7h30 et il serait profitable que je vienne au service dès le vendredi pour rencontrer le collègue que je suis appelé à remplacer ,un étudiant autrichien prénommé Franz .
Je pose la question de l' hébergement ,sachant que je n’occuperai pas une chambre dans ce palace.
- Nous allons voir cela tout de suite à mon bureau avec le responsable des personnels ,il est italien ; tu parles italien ? Dommage !
Le service en salle est entre leurs mains :très sérieux et très gais à la fois : “ un’intera famiglia italiana di Amalfi “ ; ils travaillent vite et bien, dansent et chantent. Une ambiance formidable ,tu verras…!
Ingmar me précise les points forts de l’établissement :la ponctualité :on arrive 10 mn avant le service et on se passe les consignes ,on nettoie et range son poste de travail.
La propreté :il faut être très propre, rasé,sans parfum, cheveux courts (il sourit en voyant ma toison hirsute )
Pas de chaussures de ville ou tennis : la brigade est en sabots de caoutchouc blanc désinfectés chaque semaine et l’uniforme obligatoire :pantalon pied de poule bleu, veste col droit blanche.Alcool interdit, tabac interdit sauf aux deux pauses réglementaires.
A ma question “où avez-vous appris notre langue?" ,il m' avoue avoir passé quatre années dans la marine marchande sur toutes les mers du globe .
L'hôtel dispose d'un réseau de chambres en ville chez l'habitant ; il m' est proposé de loger chez une dame âgée, francophone veuve du consul de Suède à Cuba: Fru Linea Palmgren âgée de 80 ans mais étonnamment alerte pour son âge.On me dit qu’ elle connaît bien la France et apprécie la compagnie des étudiants français.
Je me rends à l'adresse indiquée et découvre cette petite dame vêtue de noir; elle m'observe un moment avant de m' inviter à entrer au salon où je resterai debout accoudé au piano.
Rituelles questions sur le voyage et la fatigue puis sur ma famille ,religieuse ? Oui catholique ! et les études : les sciences politiques ! Diplomatie peut-être ? ah oui journalisme .Bien, très bien… Antoine vous vous appelez c'est exact ? Comme St Exupéry ! Oui, bien sûr j’ai lu le Petit Prince madame !
. Non madame, je ne joue pas de piano mais je lis la musique , je chante et fais aussi du théâtre …si j'aime cuisiner ? Mais bien sûr et oui je bois aussi du vin …
- Savez vous Antoine ,j 'adorrre le Champagne ; nous en buvions à Cuba assez souvent ,oui avant la Révolution bien sûr et après nous avons été rapatriés. Et aujourd' hui la vie là-bas est très difficile ,oui c'est triste …!
Dans mon modeste sac à dos je n'ai pas prévu de place pour du Champagne et vu le prix des alcools ici il y a peu de chance que l'on fasse sauter le bouchon tentai je de lui dire mais elle est déjà partie vers la chambre, sans fenêtre et qui tient plus de l'alcôve que d'une suite .
Les draps et serviettes rangés sur l'étagère ,les patins ,une bonne vieille odeur de cire et de renfermé, un coin toilette modeste et vieillot sur le côté.
Personne n'a occupé ce lieu depuis l'été précédent.
Re consignes :on ne fume pas, on utilise les patins et on refait le lit chaque matin. Interdit de manger dans la chambre mais accès à la cuisine si besoin et accès interdit à toute personne non autorisée.
Le message est clair comme une nuit de la st jean.
Une bible sur le chevet et quelques livres en suédois.
Au mur un paysage de montagnes enneigées et des skieurs de fond qui posent au premier plan.
Passer deux mois ici ,ce sera long ,j'espère qu’il y aura en ville matière à se distraire me dis je, regrettant déjà de n'avoir pas emporté de lecture.
Je prends congé après avoir déposé mon volumineux sac à dos et vérifié de combien de couronnes je dispose, décide d'aller flâner en ville ,sentir l’atmosphère et découvrir l'immense lac Vättern.
L’air est frais, transparent, goélands et mouettes piaillent, perchés sur les cheminées ;le lac est à 200 m ; je m’y rends en mémorisant le nom des rues et cherche le bureau de tourisme qui n'ouvrira qu’en juin me dit on .Je repasse à l’hôtel y récupérer un plan de la ville ; l’hôtesse m'adresse un “Bonne promenade “ en français assorti d’un franc sourire.
Au travail Antoine !
En cuisine
Le surlendemain je me rends à l’hôtel dans la matinée, le barman m' indique l' entrée de service sur le côté ;j’ arrive juste pendant la pause.
La salle réservée au personnel est pleine, on s’y bouscule, tasses à la main, cigarettes aux lèvres .
Je repère vite les Italiens à leur tenue :chemise blanche, col ouvert, pantalon sombre ..
J’ en compte six ou sept… ce sont donc les garçons de salle parlant fort …….avec les mains quand ils ne tiennent pas une minuscule tasse d' expresso
Des femmes de service - chambrières- portent elles des blouses bleues et soit un béret blanc soit un foulard bariolé noué à la martiniquaise; une dizaine peut être attablées près de la baie vitrée au soleil.
Un jeune type se lève, me tend la main en me demandant -en allemand - si je suis Antoine ,le Français: Hallo, bist du Antoine ,der Franzose ? Jawohl ! Bonjour Franz !
Il me propose un café et je lorgne vers la machine italienne à l'écart sur une tablette ;un des serveurs se précipite et me lance “Un vero caffè italiano, per favore ?!
“ Si! m'entendis-je répondre et le groupe de rire aux éclats surtout lorsque je repousse le sucrier que l’on me tend .Bon je suis en train de me mettre la brigade dans la poche ,ça commence bien…
Franz m'invite à le suivre en terrasse, on s'installe au soleil. Le chef est là aussi et devise avec deux messieurs en costume cravate ,il me salue d'un geste de la main.
Durant cette pause d’un quart d’heure je tente de mémoriser les multiples informations en regrettant de n' avoir pris de quoi écrire .
Soudain, salle et terrasses se vident, Franz me confie à une femme qui, je le comprends vite, est responsable de la buanderie et des vêtements.Je la suis vers son espace de travail au second sous-sol Dans l ascenseur elle m explique certains points dans sa langue et une jeune chambrière tente de traduire en anglais - elle est finlandaise- très grande et jolie,se prénomme Lilia.
Sur le comptoir en inox des piles de vestes et pantalons ;on me trouve ma taille ,s' ensuivent les deux paires de sabots blancs réglementaires ; quelques signatures sur les bordereaux et une clef avec un badge bleu pour l' armoire personnelle au premier sous-sol.
En une vingtaine de minutes j ai changé de statut
On me fait comprendre que je dois rejoindre Franz au premier étage, là où sont les cuisines et salles de réception.
Je trouve l' armoire et passe la tenue de rigueur qui sent bon le propre et rejoins le premier par l'ascenseur.
Une sorte de coursive vitrée longe l'espace cuisine, je déambule cherchant Franz que je repère couteau en main taillant des pièces de viande qu' il dépose sur un grand plat en inox.il me fait signe d' entrer et m' explique sa tâche : préparer les grillades qu' il envoie au rez de chaussée par un petit monte charge latéral. Il doit aussi préparer la quantité de brochettes commandée depuis la bodega chaque matin et récupérer les légumes à la réserve au 1er sous sol les éplucher et découper au format brochettes :oignons tomates et poivrons.
Les brochettes inox utilisées en bas remontent et doivent passer au lave vaisselle sous sa responsabilité et quand les préparations sont faites il peut -c est conseillé - aller aider sa collègue aux friteuses: récupérer les patates au sous sol, les passer au lavage en machine (c' est sale et bruyant ) ôter les yeux ,les couper au calibre pommes frites (il y a trois grilles de calibre: les chips et aussi les pomme paille ) les sécher 30s au four vapeur (s' il est libre) puis les plonger dans la friture le temps réglementaire.
Les serveurs passent commande à la voix et il faut répondre “Ok chef” pour valider.
Voilà un aperçu de ce qui m' attend le dimanche matin suivant.Franz m' indique la boîte aux couteaux chacun pour un usage précis et dit que j' en ai déjà la responsabilité car j' ai signé la prise en charge il y a 10 mn.
Le chef nous rejoint et me demande de le suivre au bureau du personnel “personalkontoret” inscrit sur la porte grande ouverte :
De la musique sort d' un poste radio , un homme brun d' une cinquantaine d' années répond au téléphone et sa secrétaire me fait asseoir .Ingmar lui fait un geste qu' elle semble comprendre : enregistrer mon embauche.L’ homme raccroche et me serre la main
Mah Tou es le pétit franchése ! Bienvenue à Portalen… Moi c' est Enzo, Monsieur Enzo ,je suis le chef de la tribu italiana di Amalfi Tou connais l ‘Italie ? non ? maledictione Tou connais pas !
La secrétaire qui a sorti des formulaires me demande mes pièces d' identité .Elle insiste sur un document à faire signer au poste de police local m' autorisant à travailler en tant qu'étudiant étranger pendant 60 jours.
Je dois aussi souscrire à une mutuelle accident au cas où et donner l' adresse d' une personne de confiance si problème grave ,à mon étonnement elle indique que, généralement c' est le chef de cuisine qui prend en charge ce point.
N' ayant à mon actif que les vendanges en Bourgogne je trouve la réglementation locale bien contraignante
Elle m' annonce mon salaire brut hebdomadaire remis en chèque bancaire dont le montant me fait hausser les sourcils mais ,je me calme apprenant qu’un quart est repris en diverses taxes.
Ces formalités accomplies je retourne en cuisine .
11h15 heure du repas d' une partie de la brigade durant 20 mn puis retour aux fourneaux (au piano !sic) et relai de l'autre équipe
Avant midi tout le monde est “sur le pont “ les commandes tombent vers midi 30 et ce jusqu’à 15h parfois .
Franz m' invite à notre unique repas commun et me dit que l' expérience est concluante .Il note les qualités humaines des chefs et le caractère particulièrement enjoué des Amalfitains ,charmants mais restant groupés entre eux et ne sortant pas souvent en ville où l' on n' apprécie pas trop leur caractère latin.Il rentre à Salzbourg où un emploi l' attend dans une brasserie locale.
Le dimanche j' arrive tôt il fait grand soleil à 7h30.C' est le service des petits déjeuners ,je ne reconnais personne et attends l' arrivée du chef à la cafétéria Il est avec son second dans “ l’aquarium” cabine vitrée d oul'on domine la situation ,y récupère quelques fiches griffonnées couvertes de chiffres :ce sont les commandes et pièces à préparer avant midi .Par interphone on me demandera d' envoyer vers la bodega.
Les premiers jours ,je ne comprendrai pas toujours les consignes hurlées dans le haut parleur ce qui entraînera des quiproquos ,par ex les côtes de veau au lieu des grillades de porc :colère immédiate du type que je n’ai jamais vu de ces deux mois .
C’est lors des services en soirée que j' ai pu apprécier le savoir faire de l' équipe de serveurs ; mon service terminé j' ai eu l' occasion de passer un moment dans leur secteur sans toutefois jamais poser un pied dans les salles à manger au contact des clients.
Une clientèle aisée fréquentait cet établissement et j'ai appris que des apparachiki d’URSS, Pologne ou Lituanie descendaient ici accompagnés de leur ” secrétaire” et qu' ils y laissaient de généreux pourboires.
J’ ai rarement eu l' occasion de flâner en ville lors des jours de congé, fatigué je rentrai et tombais de sommeil ,le conseil de Bernt me revenait en mémoire.
Le seul journal français était le Figaro où j’appris le coup d'état destituant le président Ben Bella en Algérie.
Le 6 juin ,jour de mes vingt ans, j' étais en service jusqu'à 16 heures .
Je le dis à Lilia croisée à la cafétéria et en quittant le travail , alors que je traverse la rue pour rentrer, on m'interpelle depuis le trottoir d'en face: Hej Anntoinn! com on for a drink!, Hé Antoine viens donc boire un coup !
Trois finlandaises attablées devant une glace m' invitent à leur table .
La belle occasion pour respirer un peu ; la rencontre se poursuit dans le parc public , il fait beau et les gens circulent sur les bateaux à touristes du lac ; nous montons à bord pour une balade d' une heure , un petit vent creuse les vagues ; c’est très agréable ,les trois finlandaises rient aux éclats et je ne comprends pas un mot de leurs échanges.
Une fois revenus à quai, Lilia propose d' acheter de quoi dîner .Pique nique ou chez elle ,dans son petit studio??
Poisson fumé et fromages locaux ,bière, pain noir et quelques pommes vertes.
Le studio est minuscule ,guère plus grand que ma chambre d' étudiant à Strasbourg.
Au bout d' une demi-heure les deux collègues de Lilia prennent congé et le tête à tête prend une tournure plus intime… qui se prolongera jusqu’au matin du 7 juin.
Mon hôtesse m’offrit le thé ,des smörgoss beurrés garnis de confiture d airelles (myrtilles rouges locales )
Nous nous sommes quittés sans effusion ni promesse et j'ai repris mon train de vie active sitôt après .
Lilia ,je ne la revis jamais; son contrat en Suède était tout juste terminé me dirent ses collègues .
Mère célibataire elle confiait sa petite fille de trois ans à ses parents et venait en Suède se faire un peu d argent.
La fameuse légende des belles scandinaves se vérifiait donc et je me suis senti telle l' alouette prise au miroir.
Mon contrat se termine fin juillet ,il fait très chaud et je passe de longs moments à lire dans le parc ,la seule librairie “internationale” locale dispose de quelques Simenon ,heureuse découverte de “ Chien Jaune” et” St Fiacre” que j’ apprécie autant aujourd' hui.
Mon salaire -conséquent- me donne envie d' acheter cette superbe veste à franges en peau d' élan que je vois en vitrine chaque matin.
Je l' ai acquise pour une somme coquette ,mais elle disparut sur le ferry du retour .
Posée sur le dossier de mon fauteuil sur le pont elle fut dérobée pendant que nous nous précipitions à la rambarde regarder une troupe de dauphins qui jouaient le long du bateau .
En récupérant ma vieille veste bleu délavé du fond du sac à dos,je me suis mis à pleurer .La côte danoise apparaissait toute illuminée.
Oui je m' en souviens de cette année-là !
Jean-Pierre G.
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