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En recevant cette première proposition d’écriture de l’année ma réaction a été : je ne connais pas la périphérie ! J’ai toujours vécu en ville, plus exactement au centre-ville, je suis une citadine ! 

La deuxième proposition d’écriture m’a pourtant ouvert une porte. 

Il y a une quinzaine d’année une rencontre capitale m’a transporté dans un village du Perche, dans une maison entourée de murs, isolée du reste du village et par conséquent presque en périphérie… j’y ai vécu dix ans, ma seule expérience de vie hors d’une ville. 

Après un long mariage et deux enfants je vivais seule depuis quatre ans. Seule et passablement heureuse, libre enfin. J’avais depuis le début de l’année 2000 une petite maison toujours dans le Perche, isolée en pleine campagne mais j’y venais de moins en moins, les enfants ayant quitté le nid.

J’adorais cet endroit mais je ne voyais plus de raison d’y rester et maintenant que ma famille n’était plus là je tournais en rond.

Un matin au réveil j’avais décidé, sur un coup de tête de vendre la maison et en deux semaines, littéralement, elle était partie.

Peu après j’avais rencontré celui qui devait devenir mon deuxième compagnon et par la suite mari.

Nous n’étions plus jeunes, nos enfants étaient adultes, nous avons décidé de nous installer ensemble et notre nouvelle maison allait devenir notre enfant, notre projet. 

Le vieux presbytère du 16ème siècle était dans un état épouvantable.

 Interrogée, mon amie d’enfance, astrologue à ses heures perdues, m’avait fortement déconseillé de m’aventurer sur ce terrain-là, elle voyait un puit sans fond, un gouffre économique attaché à ce projet. Je décidais de l’ignorer. La maison était ce que j’avais vu de plus beau dans ma vie et elle pouvait être à moi, à nous.

 Les travaux avaient duré 8 mois. Je m’étais découverte un talent de maitre d’œuvre. J’avais décidé que c’était dans mes gènes. Après tout du coté de ma mère nous venions d’une longue ligné de ‘Maestri Comacini’ * mon grand-père en était un. 

La maison avait une âme. Dans le jardin clos, des charmilles centenaires formaient un cercle, les troncs espacés se rejoignaient en haut ou le feuillage entrelacé formait une canopée lumineuse. Des tourterelles perchées sur les branches roucoulaient tôt le matin. 

On ressentait dans ce lieu magique une histoire que je voulais découvrir.

Dans cet espace entouré de vieux murs et da haies je me sentais bien, je me sentais protégée.

 

Le maire du village nous avait donné les clés de la sacristie dont la modeste porte en chêne donnait sur notre jardin.

Aux beaux jours nous l ‘ouvrions pour que l’air rentre dans la petite pièce derrière l’autel.

Une vieille armoire et une maie contenaient des anciennes robes ecclésiastiques. Un rapide regard avait révélé qu’elles étaient très abimées.

L’église du village célébrait une messe par an. L’église respirait l’abandon. 

Collée à la maison principale la grange offrait un espace supplémentaire et nous avions décidé de créer une brocante ainsi qu’une salle de yoga dans la vaste pièce donnant sur le potager. Une immense cheminée offrait l’espoir d’hivers chaleureux.

Malheureusement, comme beaucoup de vieille bâtisses la grange était construite a même le sol, sans fondations. Après un premier stage et quelque cours à l’automne j’avais dû accepter que l’humidité qui se dégageait du sol allait rendre difficile une pratique hivernale. Ça et ma bougeotte. Avec des enfants loin je sentais souvent le besoin d’aller passer du temps avec eux. 

Nous avions planté des hydrangeas rares tout le long du mur de l’église plein nord et des rosiers sur le mur du cimetière.

Nous avions crée un potager qui n’avait jamais vraiment décollé.

Je dois admettre que je n’ai pas la main verte mais pendant les dix années passées au presbytère j’avais voulu croire en ma reconversion en femme de la campagne.

 

Je venais, après tout, toujours du côté maternel, de gens de la campagne, mon arrière grande mère vivait dans un village avec son verger et son potager.

C’était il y a longtemps…

 

J’ai toujours vu la banlieue comme l’ espace intermédiaire entre la ville et la campagne.

Petite nous visitions une tante en banlieue et c’était sur le chemin qui allait à notre campagne à mi-côte de la montagne surplombant le lac.

Cette banlieue ne différait en rien à la ville ou j’habitais, les mêmes immeubles, les mêmes rues mais la campagne plate tout autour commençait à quelque centaine de mètres plus loin. 

*En Italie les maestri comacini  sont une corporation itinérante de constructeurs, de maçons, de sculpteurs et d'artistes actifs à partir du viie – viiie siècle. Ces artistes anonymes furent parmi les premiers maîtres du roman lombard et exportèrent leur art partout en Europe.

Corinne - Olga B.

 

 

 

Tag(s) : #Corinne-Olga B., #Textes des participants
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