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Mercredi 24 juin 2026
Il est 6 heures du matin, je me lève. Mon corps est lourd, ma peau moite et mon esprit cotonneux. Je me traîne jusqu’à la cuisine pour prendre mon café. Mes chiennes dorment, harassées, elles ne viennent même pas réclamer leur pitance. Portes et fenêtres sont restées grandes ouvertes cette nuit. Un filet d’air traverse la longère. Je vais ouvrir aux poules, les laisser en liberté. Elles trouveront refuge dans une cachette connue d’elles seules, bien à l’abri de la canicule. Mes chats sont allongés dans l’herbe. Les oiseaux chantent, les grenouilles coassent dans la mare, profitant comme moi de la relative fraîcheur matinale. Encore une journée à vivre sous la chape de plomb qui s’est installée sur l’Europe. Lorsque le soleil sera haut, le silence s’installera. Six heures : vingt-cinq degrés. Midi ? Dix-huit heures ? Combien fera-t-il ? Trente ? Quarante degrés ? Le thermomètre et les prévisions météo sont devenus des obsessions. Autour de la maison, il ne subsiste que deux écrins de verdure protégés par la frondaison des arbres plantés en rangs serrés. Au-delà, tout est blond. Cette année, la fenaison a été rapide. En trois jours, l’herbe a été fauchée, séchée et mise en ballots qui rythment joliment le paysage, se détachent sur le vert profond des haies et le bleu azur du ciel. Si la pluie ne tombe pas d’ici peu, la terre va commencer à se fissurer, les feuilles des arbres à se recroqueviller. Les éleveurs seront-ils contraints d’entamer leur stock de fourrage pour nourrir les bêtes ?
Je repense à la canicule de 1976. Un hiver et un printemps particulièrement secs avaient précédé une période de chaleur intense. Installée dès le mois de juin, elle s’était prolongée jusqu’au mois de juillet. Le monde paysan et les personnes âgées souffraient et mourraient. Moi, j’avais 16 ans et l’insouciance de cet âge. J’étais heureuse, j’avais obtenu mon premier job d’été.
C’est le jour du marché, je ne m’y rendrai pas. Que vais-je faire aujourd’hui ? je n’allumerai aucun appareil domestique qui puisse dégager de la chaleur. La plaque de cuisson et le four, resteront éteints également. Arroser les fleurs avant qu’elles ne s’assèchent ? Non il faut économiser l’eau. Lire ? Rester assise au même endroit plus de dix minutes m’est désagréable.
Dix heures, il commence à faire très chaud. Je me cloître dans la maison. Je ferme les doubles rideaux et les volets. Je tourne en rond. L’ennui s’installe. Mon mari écoute la radio. Canicule, guerres, conflits, Ukraine, Iran, Liban, Israël… Tous ces mots me parviennent en boucle aux oreilles. Je ne veux plus rien entendre, je m’enferme dans la cuisine, la pièce la plus fraîche de la maison. Encore une journée à ne voir personne, avec l’étrange impression d’être coupée du reste du monde. Comme un automate, je me perche sur un tabouret et je rêve. Je rêve d’air pur, de fraîcheur, de pluie, de légèreté et de paix.
Nous sommes le mercredi 24 juin 2026, la terre brûle.
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