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Impasse renvoie à sans issue, or, l’impasse de Champvillon est plutôt une ouverture sur un lieu invisible de la route, havre de paix et de protection. Si elle protège du bruit des automobiles et des allées et venues incessantes des routes droites, la distribution géographique à partir de la placette découvre quelques maisons en arrondi qui se tiennent chaud. Il faut descendre cette petite ruelle pour arriver sur cette place où les habitations gravitent. Sur la gauche, mon jardin dont une haie de buis taillée telle une grosse chenille, tranche avec celles du voisin d’en face taillées au cordeau.
Voilà pour la descente de la ruelle où même une voiture a du mal à passer.
Ma maisonnette est séparée par une porte cochère de celle de mon fils, une grande longère à la normande. On peut penser que la mienne est la maison du gardien tellement elle est petite. Des briques rouges entourent portes et fenêtres et à l’étage, une fenêtre donnant sur la place avec son chien assis renforcent son côté maison de poupée, assez gracieuse au demeurant. J’ai fait lasurer portes, fenêtres et volets en bleu-gris très léger et enduire les murs d’une couleur sable.
Le jardin de mon fils et de ma belle-fille, spacieux et habillé d’arbres majestueux, magnolias, eucalyptus, hibiscus, lauriers, et j’en oublie, abrite des chambres d’hôtes réalisées à partir d’une ancienne bergerie. L’été, quand le soleil brille, j’entends les hôtes rire et converser dans les chaises longues. Un bouvier-bernois passe sa truffe à travers la grille, aboyant joyeusement au passage des gens qu’il reconnaît. Par contre, le facteur n’a pas bonne presse, ce qui me permet de ne pas rater mes colis. IL est majestueux, pelage noir, blanc et marron et je ne m’empêche jamais de venir lui faire une caresse qu’il recherche.
A quelques pas, une maison, un peu cachée héberge un homme dont l’occupation principale est de découper des carcasses de voitures et de sortir ses camions pour se ravitailler en matériel.
Jouxtant cette maison, un couple de retraités hérite de ses nuisances, rats qui passent dans leur jardin, odeur pestilentielle de pneus qui brûlent, feu dans leurs poubelles à cause des bidons d’essence qui traînent , insultes, crachats, jurons, rien ne leur est épargné. Il sont devenus philosophes avec le temps et s’occupent de leurs fruitiers qu’ils ont en nombre. Ils m’invitent à venir cueillir les fruits au moment où ils sont mûrs, cerises en juin, mirabelles, cassis, groseilles avec lesquelles je fais d’excellentes confitures.
En tournant légèrement et juste devant mes fenêtres, une maison que je qualifie de manoir tellement elle est imposante et belle avec ses moulures extérieures, ses hautes fenêtres et son portail ouvragé illumine mon regard malgré le temps gris. Nous nous invitons de temps en temps pour un apéritif, un café, voire un repas et cette connivence de bon voisinage participe à mon plaisir d’habiter ici.
Légèrement en retrait, Me le maire et son grand jardin. Ses poules caquettent et un miracle de la vie s’est produit quand une des poules a couvé un œuf d’oie, l’a élevé comme sa progéniture, je souris quand elle picore les vers dans le sol, agite sa tête comme sa mère, j’en oublie presque son physique. Darwin en application!
La dernière maison qui ferme cet arc de cercle est celle de mon voisin aux haies coupées au cordeau qui ne vient que l’été, car comme il le dit, elle est dans son jus, comprenez pas isolée.
Mon petit hameau se referme sur cette ruelle qui remonte et arrive sur la route.
Et là, changement radical, à droite des champs, à gauche des champs qui au gré ses saisons voit émerger des maïs, des tournesols, du soja, des champs en jachère, puis des pousses sortent de terre et j’essaie d’en deviner le nom. Une myriade de couleurs emplit mes yeux, du jaune, du vert du orange, un vrai festival.
Après ces espaces agricoles, soudain, sans transition, la forêt riche en beauté, en saveurs et en couleurs apparaît protectrice, voluptueuse et je respire cet air chargé d’humus et de fragrances. Une masse de sapins, hêtres, frênes, bouleaux et fougères envahissantes dessine un décor luxuriant, mystérieux, propice à la rêverie. Au gré des saisons, elle bouge, change, se fait et se défait sans cesse. Elle est dans le mouvement du renouvellement perpétuel de la vie, des feuillages verts et intenses aux beaux jours, tapis rouge-marron dès que l’été se termine et j’aime cette déclinaison qui a un rythme nécessaire que j’essaie de suivre. A l’orée des bois, des chevreuils, plaisir des yeux mais les deux chevreuils que je voyais tout le temps quand je me promène à la limite des champs et des bois ont disparu après un jour de chasse intensive…..j’en ai eu de la peine.
J’avoue avoir traversé des moments difficiles où la forêt me renvoyait à un trou intérieur où des ombres morbides, des reliquats de traumatismes me donnait le sentiment de ne plus exister. La forêt était noire, inquiétante, le ciel menaçant. Ça a duré de longs mois, puis, telle la belle au bois dormant, je me suis réveillée et mon regard s’est éclairci jusqu’à devenir lumineux malgré la saison hivernale. Cette forêt du Perche, je ne pourrais plus m’en passer tellement mes promenades journalières par n’importe quel temps me sont essentielles.
Bien sûr, la réalité de la campagne a aussi des inconvénients et l’éloignement des villes en est un.
A 6 km du premier village, une supérette et une boulangeries sont encore là mais depuis des années, les commerces ferment les uns après les autres, alors difficile de se déplacer sans voiture.
Je suis une ancienne parisienne et autant venir les week-end me procuraient une détente bienfaisante, après mon déménagement, être tout le temps au milieu de nulle part m’a paru angoissant. Mon premier hiver a été désastreux!…..si bien que les années suivantes, je partais au soleil un ou deux mois.
Si je vais à Paris de temps en temps pour y voir amis, expositions, spectacles, pour rien au monde, je ne retournerais y vivre.
Il n’y a pas de situation idéale mais je ne regrette pas. Au début, c’était notre maison de campagne pour voir enfant et petits-enfants puis le Perche est devenu notre habitation principale et il m’a fallu quatre ans pour apprécier ce nouveau mode de vie.
Cette nature me ressource et j’ai le sentiment de ne plus être happée par la superficialité des grandes villes et surtout par sa rupture avec la nature. Je vois les choses plus calmement, peut-être avec un peu plus de distance entre moi et moi et cet état d’esprit me permet une plus grande authenticité avec les autres.
J’aime cette lenteur dans ma façon de vivre, sans doute l’âge y est pour quelque chose, mais pas que.
Être là, profiter de paysages multiformes donne de la valeur à mon investissement dans la création. Lire, écrire, modeler, peindre me sont indispensables et éclaire ma vie au présent.
Véronique Kangizer
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