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J’ai beaucoup bougé depuis ma naissance, souvent changé d’endroits. De quartiers à cités, de cœurs de ville à périphéries, de proche banlieue à grande banlieue.
Si pour moi enfant ou adolescente la vie était plutôt facile, devenue adulte elle s’est calée sur le rythme « Métro, boulot dodo ». Cette expression inventée en 1968 par Monsieur Pierre Bernard, homme de lettres, sera scandée dans les manifestations du mois de mai de la même année. A cette période, peu de temps pour la paresse, la découverte, la réflexion, la contemplation, la méditation... Je ne vais pas complètement noircir le tableau, cette routine était parfois rompue par des vacances, la découverte d’autres régions, de sorties pour visiter un musée, admirer une exposition ou voir un spectacle.
Lorsque le temps de la retraite a sonné, par amour j’ai changé complètement de vie. J’ai laissé derrière moi les quartiers bétonnés, les transports en commun, l’agitation, le vacarme…
J’habite aujourd’hui une vieille longère pleine de charme et de caractère. Située sur un plateau parsemé de lieux-dits, elle est entourée de pâturages pour les vaches et de terres agricoles. Une départementale fréquentée par quelques voitures, tracteurs et promeneurs longe la propriété. Pour rejoindre le village le plus proche, son centre, ses quelques commerçants et services, pour pratiquer une activité sportive, il faut traverser le plateau, puis emprunter une route qui descend en pente raide jusqu’aux premières maisons.
Le printemps, l’été et l’automne sont magnifiques ici, la nature bouillonne, offre aux oreilles des bruits harmonieux et aux yeux de magnifiques tableaux colorés. Mon jardin se remplie d’animaux sauvages et domestiques, de fleurs, les arbres des haies qui l’entourent offrent des cachettes et une ombre fraîche lorsqu’il fait trop chaud.
L’hiver le plateau se transforme en désert battu par la pluie, la neige et le vent. La longère semble comme abandonnée aux caprices de la nature. Plus de feuilles sur les arbres, plus de couleurs dans les champs. Plus de violettes, de pâquerettes, de mauves et de coucous dans le jardin. Plus de vaches qui paissent, de moutons qui broutent, de chevreuils qui passent en courant. Plus de promeneurs à pied ou à vélo. Les journées sont trop courtes et les nuits bien trop longues. Visiter un musée, aller voir une exposition ou une pièce de théâtre pour adoucir la tristesse des jours qui se suivent ? Tout ce qui m’était offert en abondance avant, me semble « à des années-lumière ».
Alors l’hiver un sentiment indéfini s’empare de moi, est-ce de la mélancolie ? Aurais-je du rester citadine pour combler la solitude que je ressens en cette saison ? Pourrais-je me passer de ma longère et du fabuleux spectacle dont la nature me gâte si souvent ?
C’est l’hiver, je regarde le feu qui brûle dans la cheminée, cela m’émerveille et mes regrets s’envolent avec les flammes.
Linda N.
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