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J’ai eu très tôt la sensation de vivre à la lisière d’un monde. En bas d’une commune, à deux pas du boulevard périphérique, au seuil de Paris.

Dans la petite enfance, les écoles fréquentées nous entraînaient naturellement vers le centre-ville de notre ville de banlieue, Malakoff. De même les petits commerces, le marché, la bibliothèque, se trouvaient à quelques encablures de chez nous.

Plus ponctuellement, nous accédions en quelques minutes au cinéma pour ses westerns, à la « librairie verte » pour les fournitures scolaires, à la grande boulangerie pour les petits pains au chocolat, consolation très attendue, après la séance redoutée de roulette du dentiste. Plus tard s’érigerait le Prisunic et ses étalages chargés d’articles variés qui attiseraient notre convoitise.

Au bout de notre rue, vers la capitale, se trouvait le terrain vague, interdit et mal famé, appelé la « zone » Nous y organisions des expéditions en bande et en cachette, surexcités et un peu inquiets. Une sorte de bidonville où s’installaient parfois des forains ce qui donnait alors un petit air de fête de village à notre quartier. Vers mon neuvième anniversaire, cette zone non constructible, fut remplacée par le boulevard périphérique faisant le tour de Paris, d’austères barres d’immeubles appelés HLM et des boulevards sans âme. Des ponts surplombant ce boulevard permettaient alors de relier la proche banlieue et Paris intra-muros. Des portes se succédaient tout autour de Paris pour permettre d’entrer et sortir de la boucle. Une fière pancarte « Paris » fut plantée comme un drapeau aux abords du pont. En le franchissant, nous découvrîmes le flux puissant et le bruit incessant des files de voitures, l’air saturé des gaz d’échappement des moteurs.

A l’autre bout de ce pont, la porte de Vanves, devint notre repère sur le plan de Paris. Cette porte, avec sa station de métro et ses bus, nous donnait accès aux merveilles de Paris. Nous pouvions ainsi nous rendre facilement à la grande ville, peu avant noël, pour admirer fascinés, les vitrines animées des « grands magasins », dont les noms me seraient révélés plus tard, les Galeries La Fayette et le Printemps, et aussi à la belle saison pour arpenter les quais de Seine et explorer les minuscules échoppes des bouquinistes.

Un peu plus loin au sud, se trouvait le pont de la porte Didot, avec chaque dimanche, le marché aux Puces de Vanves. Nous nous y rendions régulièrement pour dénicher, tantôt un meuble à rénover, tantôt de la vaisselle rare, trouvailles qui s’accumuleraient peu à peu, mais sûrement, dans notre pavillon. J’en garde le goût des objets anciens authentiques et le plaisir de fureter dans les ressourceries.

La définition variable du secteur scolaire fit que trois enfants sur les quatre de notre famille, furent affectés en classe de Sixième, au lycée du quatorzième arrondissement François Villon, tout proche de notre pavillon. Tout au long de notre scolarité de collégiens puis de lycéens, nous avons donc franchi, quatre fois par jour, le pont du périphérique, à une allure variée selon l’ampleur du retard à rattraper. Dans ce lycée, je découvrais peu à peu, des élèves de toutes origines sociales, habitant soit de beaux immeubles haussmanniens, soit des barres d ’immeubles récents. Cet établissement fut souvent dans les premières années, le théâtre de la violence, du harcèlement et du chahut. Malgré tout, l’effervescence de Paris restera attractive. Pour les activités extra scolaires, nous nous tournions désormais vers Paris, pour le club de kayak de la M.J.C. de la porte Brancion ou un atelier d’émail sur cuivre à la porte de Vanves. Ma sœur et moi étions inscrites à un cours de danse à la porte d’Orléans. Nous devions pour nous y rendre, parcourir le long boulevard Adolphe Pinard de jour, comme de nuit. Ce boulevard triste, sale, malodorant et peu fréquenté, longeant le périphérique nous effrayait et nous pressions le pas, en nous tenant la main.

Les déplacements se faisaient alors le plus souvent à pied. Notre voiture ne quittait le garage qu’à trois occasions, le trajet professionnel du père dans un grand quotidien à des heures variables, la visite aux cousins parisiens et les départs en vacances. Lors des retours nocturnes de la capitale, j’observais avec plaisir et curiosité, la mosaïque des petites fenêtres éclairées des tours d’immeuble de Paris. Elles m’évoquaient à la fois les découpages de papier vitraux et les images du feuilleton « Bonne nuit les petits ». Cette série télévisée mettait en effet en scène, un marchand de sable survolant, à bord un nuage, une ville, la nuit. A la fin de chaque épisode, le marchand de sable envoyait de la poudre d’or sur les enfants endormis pour faciliter leur sommeil.

En ce temps-là, lorsque les enfants se frottaient les yeux, on leur disait que l’heure d’aller au lit était arrivée, puisque le marchand de sable venait de passer.

Dans notre monde moderne, le mot « périphérique » m’évoque désormais plutôt du matériel informatique, une imprimante, un disque dur ou une clé USB.

Elisabeth D.

 

Tag(s) : #Elisabeth D., #Textes de participants
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