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Voici encore une aube de lumière artificielle en plein mois de juillet ! J’en ai assez de ce lampadaire du salon qui fonctionne en continu, matin, soir et parfois une partie de la nuit. Je ne sais pas si je pourrai sortir. Je le voudrais pourtant. Il le faudrait. Il le faut. De l’autre côté des murs, aux éclairs et aux orages succède la pluie. Au pied de la porte d’entrée, les bottes humides impriment une tâche sombre sur la serpillère posée tel un rempart à l’invasion liquide. Silencieux, le parapluie ajoute ses gouttes à la noirceur du tissu rêche. Pour ces bottes et ce parapluie, j’éprouve de la reconnaissance. Déjà, je les enfile, je fais claquer les baleines, je me jette dans la tourmente. Les arbres se tordent, s’inclinent et se redressent ; ils projettent leur ramure comme un coup de poing dans le nez du ciel. D’une certaine manière, ils me conseillent de revenir me mettre à l’abri. De toute façon, il n’y a rien à voir. Et il est déjà trop tard pour aller loin.
Il me semble qu’il faudrait courir pour aller la secourir. Là, tout de suite. Elle est partie hier en claquant la porte. C’était hier, n’est-ce pas ? Elle s’est élancée dans le vent fou et a disparu dans le brouillard gris. Quand reviendra-t-elle ? Si elle revient. Il le faut pourtant. S’il te plait, reviens ! Je me traîne jusqu’à la salle de bain. Le miroir du lavabo me renvoie une image de mon visage aux lèvres fines crispées. Je les cache derrière mes mains et je retiens mes larmes, maussade tout le jour, cervelle insomniaque toutes les nuits. Je ne sais habiter que de violents contrastes. C’est pourquoi nos disputes m’épuisent et ça me fait si mal. Autour de moi, les murs contiennent ma tristesse tant bien que mal. Au matin du dixième jour, je regarde la cheminée avec la tentation de réchauffer l’air plus que frais. Pendant que je m’efforce au calme, je me demande ce qui pourrait amener la fin de ces averses drues, de ces bourrasques décourageantes ? Cette horreur est-elle désirable ? En attendant, la maison affiche mes contradictions, elle se contracte et se dilate, elle transpire. Le salpêtre s’invite au bas des plinthe à l’est. A l’ouest, de la moisissure envahit les parois des placards de la cuisine.
Prisonnière de ce cauchemar, que pouvait-elle faire d’autre ? Se sauver, c’est ce qu’elle a fait. Est-elle loin d’ici ? Que vit-elle ? Que fait-elle ? Avec qui ? Moi, je tourne en rond, incarcérée dans la geôle tempêtueuse de ces infinis jours de pluie. Sur ma peau, la laine de mes pulls gratte mes bras maigres. Si seulement le soleil revenait, si elle me le ramenait, s’il faisait chaud, si le ciel se mettait au bleu… Ma gratitude est prête à inonder la généreuse bienfaitrice d’un vrai temps d’été. Je sais bien ce que je ferai. Et elle aussi. On irait bras nus, doucement brunis, lisses, exposés à la caresse du vent chaud, assises sous les arbres protecteurs. Nous reprendrions nos échanges sans animosité, avec patience, elle et moi avons tant de choses à partager. Un jour, elle serait prête, imprégnée des pieds à la tête par sa force et sa détermination. Pour franchir les frontières du rêve, je dois suivre son rythme et accéder au réel.
A présent, contre la porte, se cognent des paquets de grêle. Je me couvre les oreilles pour ne plus entendre les percussions sur les ardoises qui explosent. Pourvu qu’elle soit à l’abri. Sur une intuition, j’ouvre quand même la porte d’entrée. Trempée, ruisselante, elle est là, elle vacille. Je la tire vers moi. Elle résiste peu, elle résiste mal. Je la serre dans mes bras. Elle est là, et c’est tout ce qui compte. Le soleil peut attendre. Elle est là, ma fille.
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